dimanche 15 avril 2007, par Jack Le Lyonnais
Sur l’ensemble de la France, les avis sur le pouvoir d’achat sont hétérogènes. Il convient donc de prendre en considération les dernières statistiques de l’insee auxquelles on peut accorder un bon degré de fiabilité.
Mais « Si le thermomètre n’indique pas la fièvre, c’est peut-être que le patient souffre d’une autre maladie. » (source : Thomas PIKETTY Libération du lundi 18 décembre 2006) cf. journal Libération
Au plan économique, la ville de Roubaix est une particularité. Ses indices de pouvoir d’achat sont bien inférieurs à ceux constatés sur la France entière. Roubaix souffre d’une maladie qui s’appelle : Précarité.
Inutile donc, pour Roubaix, de passer par une analyse classique de pouvoir d’achat. Il vaut mieux, dans ce contexte réaliser directement l’analyse de la situation précaire des familles.
Quels sont les indices à retenir ?
Trois indices sont susceptibles de servir de base à une analyse plus fine de l’économie roubaisienne :
1) La proportion de bénéficiaires de la CMU complémentaire (CMU-C) dans la population roubaisienne.
2) Les revenus fiscaux des ménages
3) L’état de souffrance mentale des habitants mesuré par la proportion de personnes nécessitant la mise en œuvre d’un traitement substitutif (Subutex®).
Ces indicateurs publiés par l’Observatoire des évolutions Sociales et Urbaines ( source : Agence de développement et d’urbanisme ) sont les suivants :
(1) Proportion de bénéficiaires de la CMU-complémentaire :
La CMU-C (CMU complémentaire) est un dispositif destiné à faciliter l’accès aux soins à des personnes qui perçoivent des revenus très faibles. Il s’agit donc d’un indice qui mesure la proportion de population la plus démunie et donne une estimation de la valeur de la précarité pour un secteur donné. C’est donc un instrument de comparaisons géographiques.
Les résultats :
France entière : 5,9 %
Région Nord-Pas-de-Calais : 10,1 %
Roubaix : 30,0% ( 29 080 roubaisiens en décembre 2004)
(2) Les revenus fiscaux des ménages :
10 % des ménages roubaisiens (les plus démunis) déclarent moins de 1749 € par an
à comparer par exemple à Tourcoing ou :
10 % des ménages de Tourcoing (les plus démunis) déclarent en moyenne 6456€.
Ce qui revient à dire que les ménages les plus démunis de Tourcoing ont, en moyenne, un revenu au moins 3 fois supérieur à celui des ménages les plus démunis de Roubaix.
Une disparité qui n’est pas en faveur de Roubaix et qui aide à comprendre la décision des gestionnaires du centre commercial "Espace Grand’Rue" de réaliser une nouvelle implantation à Tourcoing, implantation dont le risque de se retrouver en échec sera tout de même inférieur à ce qu’il est à "Espace-Grand-Rue-Roubaix".
Facile, en conséquence, de comprendre que la ville de Roubaix et son centre commercial seront les laissés pour compte des investisseurs.
(3) Cerise sur le gâteau, l’indicateur de malaise psychologique et de dépendance représenté par le nombre de prescriptions de Subutex® :
En nombre de personne pour 100 000 habitants :
Arrondissement de Lille = 639
Ville de Roubaix = 1484
Cet indice confirme la notion de précarité.
Au delà de la notion de précarité il résume le mauvais climat social de la ville et permet de partager l’avis de ceux qui finalement ont choisi d’éviter à tout prix le secteur économique de Roubaix.
Pour approfondir cette analyse :
Se reporter à l’étude prospective réalisée par le co-auteur de "Les nouveaux indicateurs de richesse" sur le lien : Etudes prospectives régionales - n°10 - juin 2006. Il s’agit d’un document fondamental pour comprendre les spécificités de l’économie en région Nord-Pas-de-Calais.
[1]]
[1] [référence au document au format pdf de L’agence d’urbanisme de Lille métropole->http://www.lille-metropole-2015.org/adu/travaux/sante/10rou.pdf